Axel Miller dans RAQ…

20 novembre 2008

raq-the-day-after

Chose promise, chose due, voici quelques réflexions suite au passage d’Axel Miller dans l’émission Répondez à la question, hier soir.

Tout d’abord, on soulignera son courage, là où les banquiers avides de s’épancher dans les médias se font aussi rares que la truffe blanche dans le Piémont…

Ensuite, Axel Miller était posé, constructif et visiblement bien préparé, ça n’étonnera pas grand monde. Il a abordé les sujets essentiels, c’est à dire la crise financière, la gestion des banques, et surtout, comment une gouvernance peut-elle nous aider à repartir d’un meilleur pied.

La crise financière

Il l’a expliquée simplement, et a souligné le détail que beaucoup omettent – surtout les politiques!!! – le monde est un village. Si vous lisez ces lignes avec une expérience des affaires, vous pouffez de rire; mais le constat est affligeant, la Belgo-belgitude est un fait indiscutable.

De là, il est donc vrai que les péripéties de Dexia et Fortis tiennent de l’erreur d’approximation dans un contexte global, mais cela n’excuse en rien les attitudes, commentaires et décisions parfois hautement critiquables des gouvernements Belges, Français et – dans une moindre mesure – Hollandais.

La gestion des banques

Par ailleurs, il insiste sur le métier de base des banquiers et le fait que Dexia n’a jamais vendu un produit que son patron ne comprenait pas, et là je dis : Faux! Vendu, non; utilisé, oui, 100x oui! Vous noterez au passage qu’aucun journaliste n’a relevé le mot, mais la différence entre un produit financier vendu à un client lambda et un produit financier utlisé par une banque est énorme.

En effet, la salle de marché, véritable usine à argent de la banque, spécule allègrement utilisant – quasi – tous les produits (dangereux, foireux, ou pas), mais ceux-ci ne sont de fait pas vendu à des clients, le profit étant dans ce cas pour la banque. Mensonge? L’affaire Kerviel, ça vous dit quelque chose??

Enfin, sur les questions de différences de traitement entre Fortis et Dexia, il n’a pas convaincu. A la question:  » le fait que les communes soient actionnaires de Dexia a-t-il joué en sa faveur? « , il a – fort justement – répondu que l’augmentation de capital s’est faite de manière classique, en appelant les actionnaires existants à supporter l’effort. Techniquement 100% correct.

Mais aucun des quatre journalistes présents n’a fait le lien entre le fait que les actionnaires de références de Dexia sont justement les communes, donc que pour éviter la révolution dans les rues, on allait forcément cracher au bassinet!

La gouvernance

C’est bien évidemment le sujet clé. Le plus délicat, le plus difficile, le plus explosif, mais surtout le plus nécessaire!

Le monde a changé, malheureusement, il repose toujours sur des structures archaïques : les Etats. À l’heure où les capitaux circulent librement – et rapidement – d’un bout à l’autre de la planète, autorisant investissements (mais aussi désinvestissements) à la vitesse de l’éclair, une structure de contrôle, et les lois attenantes à l’échelle autre que mondiale n’est qu’un coup d’épée dans l’eau.

Et c’est là que l’on mesure tout le populisme de nos politiques dans leur ensemble. De grandes déclarations fracassantes, oui, une action conjugée, là on attend toujours!

Pourtant, il existe – depuis 40 ans – deux institutions qui peuvent servir de fondations à cette nouvelle gouvernance : la Banque Mondiale et le FMI. Mais il leur faut juste une toute toute petite chose : le pouvoir de le faire. Messieurs les politiciens pseudo-leaders : au boulot!

Quelques commentaires sur l’émission…

Si Francois de Brigode a été quasi parfait dans son rôle de modérateur, impertinent juste ce qu’il faut, les trois journalistes m’ont fait plus pitié qu’envie. Là où fort justement l’invité lui-même recentrait le débat sur les choses essentielles, ils se sont fourvoyés de questions idiotes en remarques quasi-imbéciles.

Des exemples?    [ndlr : liste NON limitative…]

  • Avez-vous retrouvé du travail? Chez Fortis? Là, dehors!! Par contre excellente réponse d’Axel Miller.
  • Pourquoi les dirigeants de  Fortis ne parlent pas plus? Idiot. Avec le nombre de procès en cours, ce serait du suicide!
  • Vous trouvez le salaire des patrons trop élevés? Euh, là, on s’en fout hein. C’est pas le débat, et quand on a la responsabilité de milliers de familles, pas de vie privée, on peut avoir des compensations, non? Et celui qui pose la question est – tenez-vous bien – le journaliste économique de la RTBF. Navrant.
  • C’est vraiment Sarkozy qui vous a évincé? Allô, vous lisez les journaux???
  • Votre successeur est un type bien, non? Non, ils ont donné sa chance à un chômeur, et à un retraité pour la présidence du CA. [là c’est vrai pour le coup 😉 !]
  • Doit-on retirer l’argent des banques? Là, on touche le fond… Oui, retire le ton argent, si tu te poses la question, tu ne le mérite pas de toute façon. Donne le à Mateusz, il pourra lancer son propre – vrai – journal, ça fera un heureux.

C’est à se demander pourquoi la RTBF souhaitait un débat « vendeur » [alors que c’est un service public] plutôt qu’un débat de fond, ce que l’invité s’est évertué à faire, et heureusement qu’il était là, ce qui est un comble!

On se posera également la question de la préparation du débat, car si on n’imagine pas faire appel à des consultants extérieurs sur le plateau pour remplacer les journalistes [quoique…], on imagine aisément l’intérêt de faire appel à des experts pour préparer ses questions et bosser le dossier. Au vu du résultat, ça n’a manifestement pas du être le cas…

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L’Etat Belge, fossoyeur de Fortis?

17 octobre 2008
Que reste-t-il de Fortis aujourd'hui??

Que reste-t-il de Fortis aujourd'hui?

Il suffit que je parte 10 jours pour qu’on en profite pour faire n’importe quoi! Au delà de ce trait d’humour, on est en droit de se demander où l’Etat Belge avait la tête lors de la revente de Fortis vite fait bien fait à BNP Paribas, qui doit encore s’en frotter les mains.

Etape 1 : l’Etat vole au secours de Fortis, conjointement avec les Etats Néerlandais et Luxembourgeois. Tout le monde applaudit, les actionnaires et les épargnants respirent…

Grands seigneurs, nos gouvernants nous répètent qu’il faut raison garder (ça me rappelle Chirac aux Guignols tiens! 🙂 ), ne pas céder à la panique, etc…

De fait, je me dis que pour l’Etat, ce pourrait être l’occasion d’empocher une plus-value d’ici 2-3 ans, lorsque la banque serait remise a flots, dont pourrait bénéficier le budget et donc in fine, le citoyen. Raisonnement trop simple naïf!

Etape 2 : en dépit du bons sens, et en totale opposition avec leurs divers appels au calme, voilà notre Premier et son acolyte des Finances qui revendent le bébé illico presto à BNP Paribas. Bien sûr, on garde le lange bien rempli dans le holding, histoire de conclure la vente facilement.

Là, c’est fort de chez fort, ou plutôt con de chez ducon!!! Surtout que dans les 3 jours qui suivirent, l’Union Européenne a débloquer plus de 1500 milliards d’€ pour sauver les banques.

Quand on peut lire ici et là qu’au travers de cette crise, Yves Leterme a vraiment revêtu son habit de Premier Ministre, je le requalifierais plutôt de Premier Sinistre!

Incrompréhensible, tout bonnement… Pourquoi vendre dans l’urgence, au rabais, alors que les dangers de faillites étaient écartés… C’est à n’y rien comprendre.

De même, le gouvernement joue l’étonné, voire l’effaré, suite aux différentes actions judiciaires rapidement intentées. Quoi de plus logique pour des actionnaires qui ont vu leur capital divisé par 5 en deux semaines, sans vraie justification.

Si Votron and co avaient sérieusement mis à mal l’institution Fortis, Leterme, Reynders and co l’ont tout simplement enterrée!

Dans ce dossier, il reste juste à espérer que la justice fasse toute la lumière sur le pourquoi du comment… Malheureusement, ca ne nous rendra ni le Congo, ni probablement Fortis…

Votre opinion?


Fortis – Y a-t-il un pilote dans l’avion?

27 septembre 2008
L'ex nouveau CEO de Fortis

L'ex-nouveau CEO de Fortis...

Fortis n’en finit pas de défrayer la chronique, malheureusement pour ses actionnaires et clients, dans le mauvais sens du terme…

D’abord, il y a ce remplacement de Jean-Paul Votron – accusé de tous les maux, et surtout celui de ne pas mal communiquer – par Herman Verwilst, vieux de la vieille (ah bon c’était une garantie??) et quasi intrônisé comme chevalier blanc.

Celui-ci a sans nul doute égalé les performances de son prédécesseur en termes de communication. Hier lors d’une interview radiophonique, il n’a pas hésité à lancer : « mais voyons mon bon monsieur, une entreprise de notre taille, avec autant d’employés ne tombe pas en faillite comme ça… ».

Ah bon? C’est nouveau ça… Pour avoir une faillite en bonne et due forme, il suffit que les créanciers de la banque (clients en dépôts, fournisseurs, prêteurs, …) réclament leur argent et que Fortis soit dans l’impossibilité de payer – ce qui parait loin d’être surréaliste par les temps qui courent… Et en fait de taille de la société, Mr Verwilst peut se renseigner auprès des employés d’Alitalia, d’Enron et de MCI, la taille – comme toujours 😀 – n’a pas d’importance!

En termes de communication c’est un désastre, et ce n’est vraiment pas le seul, il suffit de Googler « Fortis nouvelles » pour s’en rendre compte… À ce niveau, ne pas engager un éminent conseiller en communication – au vu du contexte actuel – relève non plus de l’amateurisme, mais bien de la faute professionnelle!

Le nouveau nouveau CEO de Fortis...

Le nouveau nouveau CEO de Fortis...

Et il semble que la direction de Fortis s’en soit rendue compte : après deux petits mois, exit Herman Verwilst (un record, encore un!) pour faire place à un nouveau chevalier blanc (si, si, on vous le jure!) : Filip Dierkcx, un des ténors de la branche bancaire du groupe.

On lui souhaite déjà bonne chance, il va en avoir bien besoin! Entre les spéculations de rachat, de faillite, d’incapacité à intégrer ABN-Amro et les investisseurs, clients et créanciers à rassurer; il va avoir l’occasion de démontrer tous ses talents…

Que va devenir l’ex-fleuron de la finance Belge? Bien malin qui aujourd’hui peut le dire… Il semble raisonnable d’envisager une réduction significative de la voilure : vente d’actifs, concentration sur les métiers de base et sans doute restructuration. Une chose est clair, le bout du tunnel semble encore bien loin…

Quand on voit ce qu’on a pu enquiquinner – le mot est faible – Didier Bellens ces derniers mois au sujet de son bilan – pourtant plus que positif – à la tête de Belgacom, c’est – vous me pardonnerez l’expression – à pisser de rire!

Photos empruntées au site de L’Echo.